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Les évaluations d’école : un nouvel instrument dans la boite à outils managériale de Blanquer

dimanche 28 novembre 2021

De nombreuses écoles ont récemment saisi le SNUipp-FSU 94 concernant des demandes insistantes d’IEN, proposant aux directrices.teurs des "évaluations d’écoles".

S’il avait existé par le passé (à partir de 2007) des "inspections d’école", notamment lorsque plusieurs collègues de l’école étaient inspectables cette année là, ces dispositifs avaient disparu des écrans depuis 2013.

Le SNUipp-FSU 94 décrypte pour vous les textes de référence et analyse les raisons de ces demandes soudaines.

Une expérimentation de l’évaluation des écoles débute ce premier trimestre 2021-2022. D’abord annoncée pour le 3ème trimestre 2020-2021, elle a été reportée du fait du contexte covid. Cette expérimentation succède à celle conduite l’an passé dans le 2nd degré auprès d’un millier d’établissements.

Le dossier de presse de rentrée du ministère annonce : « plus de 2 000 établissements du 2nd degré, y compris dans l’enseignement privé sous contrat, devraient être évalués en 2021-2022. Dès la rentrée 2021 débutera aussi l’expérimentation de l’évaluation d’écoles dans le 1er degré (au moins une école ou un groupement d’écoles par département) ».

La loi 2019-791 du 26/07/2019 "pour une école de la confiance" (dite Loi Blanquer), qui crée le Conseil d’évaluation de l’Ecole, lui confie notamment la mission suivante : « Il définit le cadre méthodologique et les outils des auto-évaluations et des évaluations des établissements conduites par le ministère chargé de l’Education nationale et analyse les résultats de ces évaluations ; pour ce faire, il s’appuie sur toutes les expertises scientifiques, françaises et internationales, qu’il estime nécessaires. Il s’assure de la fréquence régulière de ces évaluations d’établissements et définit les modalités de leur publicité. »

Un document de cadrage et des annexes concernant le 2nd degré sont disponibles sur le site du CEE. Un document provisoire concernant le 1er degré a été transmis au SNUipp-FSU, il est quasiment un copié-collé de celui du 2nd degré. Il sert de cadre à la phase d’expérimentation.

Le document de cadrage du CEE

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L’évaluation est prévue de la manière suivante :

1) Une auto-évaluation :

Les objectifs affichés sont « d’analyser l’école dans sa globalité », et plus précisément de « mesurer les acquisitions des élèves et leurs résultats et les relier aux pratiques professionnelles, aux organisations retenues et aux choix opérés par l’école » ; mais aussi de « proposer collectivement des axes de développement à mettre en œuvre pour une amélioration ou une consolidation de la réussite des élèves et de la qualité de vie à l’école ». L’auto-évaluation couvre le temps scolaire mais peut aussi concerner l’organisation des services périscolaires « en accord avec la commune ou l’intercommunalité compétente ».

Dans un premier temps, un portrait de l’école est fourni par les services statistiques académiques, qui donne lieu à une analyse « du contexte externe et interne » de l’école. [1]

D’ores et déjà le cadre est contraint, puisque les indicateurs sont donnés par l’administration. Evidemment, il y a fort à parier que les évaluations nationales joueront un rôle central dans le processus. Cela conforte la critique portée par le SNUipp-FSU sur ces évaluations, puisqu’une des raisons motivant notre refus était le risque d’une mise en place du pilotage par les résultats. Les pressions pour mettre les évaluations CP-CE1 (dont la pertinence pédagogique est rappelons-le, fortement contestable) au centre de la réflexion des équipes existent déjà (réunions de restitution, projet d’école), mais avec ces évaluations d’écoles, nous franchirions un cap important dans ce sens.

La marge de manoeuvre des enseignant.e.s dans leur réflexion pédagogique risque de se retrouver encore réduite, puisqu’il y a de fortes chances que ces évaluations cadrent encore un peu plus les discussions autour du projet d’école qui s’apparenteront toujours un peu plus à un exercice formel où l’on attend des collègues qu’ils formulent les attendus de l’institution.

Dans un deuxième temps, l’évaluation doit couvrir quatre grands domaines :

  • les apprentissages et les parcours/le suivi des élèves, l’enseignement ;
  • le bien-être des élèves et le climat scolaire ;
  • les acteurs, la stratégie et le fonctionnement de l’école ;
  • l’école dans son environnement institutionnel et partenarial.

Un guide d’auto-évaluation propose un ensemble de questions évaluatives. « L’organisation de l’auto-évaluation est conduite au niveau de chaque école par son directeur ». L’auto-évaluation est « totalement participative », elle mobilise l’ensemble des « acteurs : directrice-directeur, personnels de l’Etat et de la collectivité, élèves, parents, autorités de rattachement, partenaires. »

Un rapport d’auto-évaluation est présenté pour information au conseil d’école. Il est destiné aux évaluateurs externes, et sera communiqué aux autorités académiques et à la commune ou l’EPCI.

Le risque est grand, par la distribution aux parents et aux élèves de questionnaires type « questionnaires de satisfaction », d’instaurer une relation "clientéliste" qui est inacceptable et en opposition avec les valeurs du Service public. Qu’apportent ces dispositifs dans le dialogue parents-école à part des sources de tensions ? Les espaces de dialogue formels (conseil d’école) et informels existent déjà, et permettent un dialogue intense et quotidien avec les familles. Des collègues ayant expérimenté le dispositif font état de dérives inquiétantes dans les questionnaires.

A l’issue de la phase d’évaluation, le danger de contractualisation des moyens est fort. Le lien avec les collectivités territoriales fait craindre un poids accru de celles-ci, et risque de renforcer les logiques de territorialisation et de casse du cadre national (pensons au cocktail explosif que pourrait constituer de telles évaluations dans les cités éducatives pilotées par une triade composée par le proviseur du collège, la mairie et le préfet). Là aussi, des collègues ayant vécu des évaluations d’écoles dans des territoires ou les relations avec les municipalités étaient compliquées ont indiqué que des mairies pouvaient avoir tendance à utiliser ces moments comme des "défouloirs".

2) Une évaluation externe :

Elle s’appuie sur l’auto-évaluation. Elle se distingue « de l’audit, de l’inspection, du dialogue de gestion ou de pilotage, du contrôle qui constituent une vérification de conformité à un cahier des charges ». L’évaluation externe est « une aide apportée à chaque école, dans sa singularité », en identifiant notamment des leviers de progrès.

L’évaluation externe comporte trois étapes :

  • la préparation de la mission ;
  • la visite dans l’école ;
  • la rédaction du rapport provisoire, l’échange à l’occasion de la restitution du rapport dans l’école (l’école dispose de 15 jours pour faire part de ses observations écrites), puis la rédaction du rapport définitif.

Une équipe d’évaluateurs externes est « composée de trois ou quatre évaluateurs et comporte au moins un inspecteur du 1er degré et un directeur d’école », qui signent tous une « charte de déontologie ».

Le rapport final est « un outil d’aide pour l’école et la communauté éducative, mais aussi pour les autorités de rattachement ». [2]

Les travaux menés ont vocation « à conduire à une actualisation ou à un renouvellement du projet d’école »

Cette évaluation des établissements du 1er degré est envisagée tous les cinq ans, avec une évaluation de l’ordre de 20% des écoles chaque année. C’est « l’autorité académique [qui] établit annuellement la liste des écoles évaluées sur la base de critères explicités ».

Ces évaluations, selon les retours tant dans le 1er degré ou le dispositif a été mis en place de façon expérimentale que dans le second degré, conduisent à une auto-culpabilisation des équipes. Les échecs ou les limites sont vues comme des conséquences du travail enseignant (pratiques "inadaptées", motivation, etc...). La responsabilité de l’institution quant aux moyens, aux conditions de travail ou la formation continue et initiale n’entrera évidemment pas dans l’équation. Aucun moyen n’est envisagé pour accompagner les équipes dans leurs difficultés éventuelles.

Le dispositif va aussi alourdir encore un peu plus la charge de travail administratif des directrices et directeurs. On retrouve la logique bien connue du "New Public Management " qui conduit à passer de plus en plus de temps à rendre compte de son travail au détriment de ce qui constitue leur coeur du métier. Pour les directions également, le risque de culpabilisation est fort (avec tous les risques psycho- sociaux associés), d’autant que la loi Rilhac va vraisemblablement renforcer la pression sur ces collègues, rendu.e.s responsables des "manquements" de leurs équipes en vertu des responsabilités élargies et de "l’autorité fonctionnelle" qu’elle leur confère.

Pour le SNUipp-FSU, ces "évaluations d’école" ne sont qu’un pas supplémentaire vers une gestion managériale et bureaucratique de l’école :

  • « Pilotage externe » bureaucratique avec des indicateurs formels, éloigné de la réalité et des besoins des écoles, n’apportant pas d’aide réelle.
  • Le cadre est calqué sur l’expérimentation du 2nd degré : il n’a pas été conçu à partir de ce qui fait la spécificité des écoles (ainsi, il est nécessaire de ne pas déséquilibrer une relation de proximité bien réelle avec les parents, en leur faisant jouer un rôle qui n’est pas le leur) ;
  • Idem avec les élèves : pratiquer la coopération dans l’école n’est pas la même chose que d’associer les élèves à une évaluation globale !
  • Le cadre proposé repose sur un brouillage des rôles et missions des professionnels : les CPC par exemple, qui souffrent déjà d’une perte de sens, ne gagneront pas à ce que s’opère une confusion entre formation et évaluation (ce qui aggraverait l’évolution de la fonction prévue par le GT « Esprit d’équipe » du Grenelle) ;
  • Mise en place d’une logique de « reddition de comptes » dans laquelle les évaluations nationales standardisées, utilisées dans cette évaluation d’école, font passer à côté des besoins et difficultés réels des élèves (d’ores et déjà, elles réduisent les apprentissages et entament la liberté pédagogique des enseignant.es).|

Ces évaluations d’école sont sur la base du volontariat :
au vu de l’ensemble de ces éléments,
le SNUipp-FSU appelle nationalement les équipes
A LES REFUSER !

Les délégués des personnels du SNUipp-FSU 94 accompagneront toute équipe qui serait victime de pressions

Notes

[1] L’une des questions posées au SNUipp-FSU en mars 2021 par le CEE était de savoir quel était le « regroupement d’écoles » le plus pertinent pour une évaluation, compte tenu du fait qu’il y a un nombre trop important d’écoles au niveau national pour envisager un travail d’évaluation externe école par école… Dans le document non définitif, on lit « Le nombre d’écoles et leur diversité pourront conduire les autorités académiques à procéder à des regroupements, par exemple sur un mode vertical (selon une logique de flux d’élèves) ou sur un mode horizontal (écoles aux problématiques voisines au sein d’une aire géographique donnée, la commune ou l’EPCI par exemple) ». Mais la phase d’auto-évaluation doit être conduite dans chacune des écoles concernées.

[2] Cette dernière précision peut laisser perplexe. Elle résonne avec la principale mise en garde formulée auprès du CEE par la FSU, qui refuse « la perspective de contractualisation des moyens (en écho aux Contrats Locaux d’Accompagnement expérimentés dans le cadre de l’Education Prioritaire) ». Par ailleurs, l’autre question posée au SNUipp-FSU par le CEE portait sur la constitution de l’équipe d’évaluateurs externes. On trouve dans le document provisoire : les évaluateurs externes « sont inspecteurs territoriaux (IEN 1er degré mais éventuellement IEN ET-GT, IEN-IO, IA-IPR), directeurs d’école, chefs d’établissements du 2nd degré, conseillers pédagogiques, enseignants, cadres académiques, universitaires ou autres personnes ayant une bonne connaissance du fonctionnement d’une école » (à titre d’exemple sont citées des personnes sollicitées « au sein d’exécutifs ou de services communaux »). On retrouve cette forme d’évaluation externe dans le cadre des cités éducatives. Il est précisé que le choix des évaluateurs doit notamment reposer « sur l’absence de conflit d’intérêt. »

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