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Une tribune signée par plus de 170 collègues de Vitry-sur-Seine

jeudi 4 juin 2020

Rédigée à l’initiative de collègues syndiqués au SNUipp-FSU, Snudi-FO, SUD, CGT et non-syndiqués à l’issue de la RIS intersyndicale du 13 mai de Vitry, cette tribune a recueilli la signature de plus de 170 collègues adjoints, directeurs et AESH de la commune. Elle a été envoyée aux IEN, à la DASEN et au recteur d’académie.

Monsieur le recteur de l’Académie de Créteil,
Madame la directrice académique des services de l’Education nationale,
Mesdames les inspectrices de l’Education nationale de Vitry I et II,

Nous, enseignant.e.s et personnels de l’éducation des circonscriptions de Vitry, avons décidé de vous adresser collectivement cette tribune pour vous faire part de nos inquiétudes quant à la réouverture des écoles.

En accord avec :

  • les préconisations initiales du Conseil Scientifique,
  • les déclarations de nos syndicats SNUipp-FSU, Snudi-FO, CGT éduc’action, SUD éducation et de la FCPE,

nous maintenons que nous sommes contre ce que nous décidons d’appeler la réouverture (et non la reprise, terme trop économique à notre goût) en l’état, imposée de manière unilatérale, précipitée et autoritaire par notre Président.

Nous doutons de sa laborieuse mise en place que nous jugeons déraisonnable et dangereuse vu les conditions sanitaires de notre région toujours classée en zone rouge.

Nous avons été nombreux.euses à nous porter volontaires pour accueillir les enfants des personnels mobilisés dans la gestion de cette crise. Nous ne remettons pas en cause cet accueil qui nous tient à cœur, nous pourrions même dire qu’il s’agit là d’une réelle question d’”Honneur”.

Nous sommes conscient.e.s du « risque d’aggravation des inégalités sociales […] dès lors que chaque enfant est renvoyé à son seul contexte familial » comme le précise la circulaire en date du 4 mai 2020 relative à cette réouverture.

C’est d’ailleurs pour cela que nous avons été étonné.e.s que notre département n’ait fait l’objet d’aucune dotation exceptionnelle vu les circonstances, étonné.e.s également d’apprendre que notre ville risque encore des fermetures de classe à la rentrée prochaine.

C’est aussi pour cela que nous réclamons depuis des années des moyens humains supplémentaires sur nos écoles, une baisse des effectifs de toutes les classes, des RASED complets, des AESH formé.e.s au statut sécurisé et en nombre suffisant, une médecine du travail, des infirmier.e.s, plus de maîtres que de classes, ou même tout simplement, le droit pour nos élèves d’avoir un remplaçant lorsque nous tombons malades.

Notre belle école n’est École que parce qu’elle est laïque, gratuite et obligatoire. Quelle n’a pas été notre surprise, encore, lorsque nous avons appris, par l’intermédiaire des médias, que l’École serait dorénavant soumise au volontariat des familles. Amputée de l’un de ses trois fondements, comment peut-on encore oser l’appeler École ? Alors même que notre ministre inscrivait il y a peu dans sa loi son caractère obligatoire dès 3 ans. Comment croire encore que l’objectif premier n’était pas de financer les écoles maternelles du secteur privé ? Nous ne confondons pas confiance et aveuglement.

À l’urgence sanitaire, criante, vient s’ajouter l’urgence sociale que la crise exacerbe. Celle-là, nous la connaissons bien dans notre ville. Nous n’avons d’ailleurs pas attendu la crise sanitaire pour en prendre la mesure. Nous la combattons au quotidien dans nos classes. Alors, nous aurions aimé que cette réouverture soit réellement motivée par des considérations sociales. Comme le dit votre collègue IEN Paul Devin « Agir cette priorité sociale, annoncée comme argument de réouverture, aurait nécessité de penser des modalités assurant réellement le retour de ces enfants et cela sans stigmatisation et sans renoncer à une nécessaire hétérogénéité ».
Nous concluons avec lui que « ce n’est manifestement pas le choix fait ».

Si c’est de pôles d’accueil à vocation sociale dont a besoin le pays en ce moment, un peu de courage aurait suffi à les mettre en place en collaborant avec les collectivités locales et en les soutenant réellement.
Et s’il s’agit d’une Garderie Nationale pour la relance économique, nous aurions au moins mérité un peu d’honnêteté intellectuelle.

L’hypocrisie gouvernementale a opté pour faire croire que l’École reprenait, avec en prime, une circulaire nous demandant d’évaluer nos élèves dès la première semaine.
L’urgence sanitaire oubliée, l’urgence sociale balayée d’un revers de main par le volontariat, que nous reste-t-il alors comme raison d’ouvrir les écoles si ce n’est de sauver “l’honneur” de notre ministre ? Délicate opération dont le gouvernement se déresponsabilise en la renvoyant aux municipalités et aux familles, en espérant que les enseignant.e.s jettent un torchon sur leur éthique professionnelle.

Alors vos équipes se démènent. Nous tentons de nous approprier seuls les 54 pages du protocole sanitaire paru seulement 3 jours ouvrés avant la date officielle d’ouverture. Nous sondons les parents d’élèves, parfois du jour pour le lendemain et inutilement comme lors de l’enquête sur les équipements dont ils disposent suivie d’aucun effet, nous remplissons des tableaux, nous réunissons en visioconférences ou en présentiel, tout en continuant toujours d’assurer le suivi à distance de nos classes, parfois celui de nos enfants et la garde de ceux des soignant.e.s, gérant aussi nos propres angoisses pour notre santé et celle de nos élèves et leurs familles.

Nous tenons d’ailleurs à souligner que nous attendons toujours que notre employeur nous fournisse une formation au numérique et des outils de travail dignes de ce nom.

En effet, la continuité pédagogique tant vantée par notre Ministre n’a été possible que grâce à notre débrouillardise et à nos deniers personnels, encore une fois ! Investissement remercié par le mépris affiché de notre gouvernement à travers les lapsus dévalorisants de ses représentants...

Comble de l’ironie, c’est sur le risque de replis communautaristes que planchait notre ministère pendant que nous nous démenions. De qui se moque-t-on ? Heureusement, notre indignation l’a fait reculer.

Le temps que s’est laissé notre municipalité pour ne pas ouvrir dans la précipitation et l’incohérence, nous permet à nous enseignant.e.s de Vitry, de penser ce retour à l’école. Mais rien à faire, ce qui nous est proposé à ce jour ne correspond pas à ce qui “fait” l’École à nos yeux.

Pour être applicable avec un minimum d’humanité, ce protocole implique que nous accueillions un minimum d’élèves. On nous demande donc de choisir, en dehors des ayants droits, parmi nos élèves, celles et ceux qui pourront retourner à l’école et par conséquent, celles et ceux qui ne pourront pas. Qui sommes-nous pour faire cela ? Nous avons honte de ce qui nous est demandé et nous refuserons systématiquement de le faire.

Par ailleurs :

  • Comment l’École pourrait-elle encore être bienveillante avec la distanciation physique nécessaire à la sécurité sanitaire ? Nous le redemandons ici sans ironie : que devons-nous faire si un enfant tombe et se blesse ? S’il pleure parce qu’il est triste ? Si notre Ministre est incapable de répondre à cette question, comment le pourrions-nous ?
  • Comment concilier sécurité sanitaire et sécurité affective ? Sans relation de proximité ni entre eux, ni avec nous ? Quelles conséquences psychologiques ?
  • Qu’en sera-t-il de notre posture avec toutes ces contraintes imposées par le protocole ?
  • Comment faire fi des interactions et manipulations indispensables à la construction des apprentissages ?
  • Comment faire sans nos espaces aménagés et partagés qui permettent de différencier et de développer l’autonomie ? Comment faire sans nos coins jeux en maternelle ?
  • Comment, à l’école élémentaire, refuser l’accès à un enfant incapable de respecter les gestes barrière, notamment les enfants en situation de handicap, comme le préconise notre recteur en CHSCT A ? Y aurait-il une loi qui favoriserait tout à tout coup la discrimination ?
  • Comment appliquer les exigences des PPMS (risques majeurs et intrusion) en garantissant les gestes barrière ? Quelle posture adopter lors d’une évacuation en exercice-incendie ? Qui plus est lorsque l’enseignant n’est pas sur son école habituelle et qu’il ne connaît ni les locaux, ni les plans d’évacuation ?

Ces questions sans réponses satisfaisantes de notre hiérarchie nous font craindre une véritable violence qui serait faite à nos élèves ainsi qu’à nous-mêmes.

Pourquoi ne pas attendre de disposer de suffisamment de tests pour rouvrir l’École pour tous ? Pourquoi ne pas donner du temps aux équipes qui ont déjà fort à penser avec la reprise de septembre et l’organisation pédagogique qui devra tenir compte de ces mois passés loin de l’école, la vraie ? Encore une fois, pourquoi ne pas organiser en attendant un véritable accueil qui ne tienne compte que de l’urgence sociale ?
Nous tester au covid-19 avant de nous faire reprendre en présentiel serait du “gâchis” d’après Monsieur Blanquer. Alors tant pis si nous contaminons nos élèves et leur famille, sans parler du risque de contaminer nos collègues.

L’absence de médecine du travail et l’état de la médecine scolaire (nous ne savons même plus à quand remonte la dernière visite d’un médecin scolaire sur nos écoles) nous inquiètent et nous interrogent depuis longtemps sur la préoccupation effective de notre ministère de tutelle pour la santé de ses personnels et de ses élèves. Surprenant quand le protocole sanitaire y fait si souvent référence !

Nous ne sommes pas dupes : ce n’est pas un hasard si notre gouvernement permet une porte de sortie à chaque enseignant.e et à chaque parent jusque fin mai, c’est parce qu’il sait qu’il s’expose, sinon, à une opposition forte de toute la communauté éducative. À ce cynisme qui joue la division, nous choisissons de répondre par le collectif. Nous sommes nombreux.ses à vous avoir alertés et que nous soyons ou pas obligé.e.s d’être présent.e.s sur nos écoles, nous nous inquiétons fortement de cette ouverture, qui, pour toutes les raisons exposées ci-dessus, ne se fera sereinement pour personne.

Si nous, enseignant.e.s, sommes prêt.e.s à « nous mettre au service de la Nation », nous nous interrogeons : la Nation, quant à elle, se met-elle réellement au service d’une « École de la réussite, de la confiance et de la bienveillance » ?

Nous craignons comme vos collègues Hauts Fonctionnaires dans leur tribune parue le 14 mai que les choix concernant l’École ne soient réfléchis et imposés que par “de[s] technocrates plus soucieux de leur intérêt de carrière à court terme que de la qualité du service rendu compte tenu, au choix, de leur inexpérience ou de leur incompétence. Ou d’autres encore qui sans conscience ou par idéologie, peuvent enfin donner libre cours à leur autoritarisme spontané.”

Et vous, qu’en pensez-vous ?
N’est-il pas temps que tou.te.s ensemble nous construisions une École juste et égalitaire avec des moyens à la hauteur de ces exigences ?
Si comme l’a dit notre Président, nous sommes “en guerre”, sachez que vos petits soldats sont littéralement épuisés et que cela ne date pas d’hier.
Ils sont épuisés et las d’avoir le sentiment de porter seuls de réelles ambitions pour l’École, épuisés et las d’être bien trop souvent un des derniers remparts du service public dans notre pays, épuisés et las, du double discours qui promeut la confiance et impose la défiance, épuisés et las, d’avoir en plus à combattre des injonctions péremptoires qui renient leur professionnalisme et tentent de les transformer en simples exécutants.

Oui, nous sommes épuisé.e.s et las.ses.
Le 21 septembre 2019, Christine Renon dénonçait cet épuisement, « la perspective de tous ces petits riens qui occupent 200% de nos journées » et notre solitude pour apprécier les situations.

Nous avons espéré, un temps, qu’elle soit entendue. Force est de constater qu’il n’en est rien.

Malgré cela, soyez assuré.e.s de notre attachement à un service public de qualité et de notre engagement pour la réussite de tou.te.s nos élèves.

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