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Réouverture : premiers bilans

mardi 2 juin 2020

Ce long article est issu des discussions du dernier Conseil syndical du SNUipp-FSU 94. Il a été écrit à plusieurs mains par des militant.es de la section départementale.

Le lundi 11 mai, nombre d’écoles élémentaires et maternelles ont rouvert leurs portes à travers la France dans l’objectif annoncé de lutter contre les inégalités sociales, renforcées par la période de confinement.

Bien sûr, il s’agit d’un argument incontestable auquel nous étions sensibles et avions aussi le désir de retourner dans nos écoles, de retrouver nos élèves, nos collègues, les familles...bref, notre travail.

Alors que depuis deux mois nous réinventons sans aucune assistance matérielle ou pédagogique, voilà que nous devions répondre à l’appel de notre ministre pour que l’École assume ses missions dans la sauvegarde de la nation en péril. Mais de quelle école parlons-nous exactement ?

Les fondements républicains de notre école...

D’abord, cette réouverture foule au pied l’un des fondements de l’école publique et laïque en instaurant le “volontariat” pour les familles... Alors oui, notre ministre l’a rappelé : seule l’instruction est obligatoire et nous l’assurons brillamment (tant bien que mal ?) en distanciel… Mais que penser de la place de la « volonté » des familles quand la décision fait se rencontrer la nécessité de travailler pour subvenir à des besoins essentiels et les peurs légitimes liées au contexte sanitaire actuel ?

Ces enfants “volontaires” doivent respecter les contraintes du protocole, faute de quoi nous sommes invités à les renvoyer chez eux... L’école a donc ouvert ses portes à ceux qui peuvent et écarté ceux qui ont besoin de temps et de chemins différents pour apprendre ces règles.

Ensuite, cette reprise s’est définie dans chaque ville, voire chaque école, avec comme référence un protocole sanitaire de près 60 pages dont il ressort une description « d’école hôpital » qui va contre les besoins élémentaires des enfants et interdit, de fait, d’envisager un cadre pédagogique adapté.

L’école des normes et des « savoirs fondamentaux »...

Pendant que nous détournions un instant le regard de notre métier pour tenter d’entrevoir les mesures sanitaires que nous devions légitimement exiger pour une reprise sereine, M Blanquer est resté bien à sa tâche afin de nous indiquer par une brillante circulaire l’école qu’il envisageait pour nous dans cette reprise.

En quelques mots :

  • évaluations, recentrage sur les fondamentaux, 5h par jour, maths et français et une heure de pratique physique dont chacun aura compris que la distanciation sociale va nécessairement en limiter les propositions...
  • des fiches pour nous rappeler les attendus de fin d’année et les apprentissages à favoriser viennent compléter un florilège de guides autour de la question sanitaire au milieu desquels s’est glissée une fiche intitulée Risques de dérives sectaires dont la lecture est pour le moins surprenante.
  • des fiches de « positionnement » à renvoyer à chaque famille pour indiquer la place de l’enfant par rapport à la norme attendue.

Et donc, là où les soignants se sont vus promettre des moyens matériels, une revalorisation financière, une autre politique hospitalière pour demain... et des médailles, les enseignants sont renvoyés à une mythique école d’avant-hier, des “savoirs fondamentaux”, de l’évaluation, des injonctions permanentes et du pilotage par le haut...

Comme l’hôpital public qui, en dépit des annonces, se voit couper les budgets en pleine crise, l’Éducation nationale, malgré la dotation supplémentaire décidée pendant la crise, reste déficitaire en postes par rapport aux années précédentes. Alors que la seule manière d’aider les élèves qui ont le plus souffert de l’absence d’école pendant plusieurs mois serait d’augmenter les effectifs d’enseignants, d’avoir des groupes plus petits, de remettre en place des Rased complets pour être encore plus bienveillants, l’institution ne nous parle que de programmes, d’objectifs et d’évaluations.

Il semble que dans l’émoi et l’agitation suscités par cette crise sanitaire, Blanquer ait bel et bien gardé le cap et s’entête à « détourner » notre système éducatif de ses fondements républicains (Des hauts fonctionnaires du ministère dénoncent le projet réactionnaire de JM Blanquer).*

Notre ministre a déclaré faire de la réouverture des classes « une question d’honneur », mais les conditions de la reprise nous renvoient plutôt à des questions d’éthique professionnelle tant ces injonctions multiples semblent éloignées de notre conception de l’école et faire fi des besoins psychologiques élémentaires des enfants, créant les conditions d’une violence institutionnalisée. Notre « honneur » ne serait-il pas d’y résister ?

Carte scolaire et crise sanitaire

Si les parlementaires ont bien validé des mesures exceptionnelles début avril, abondant de 1248 postes supplémentaires les 440 postes (uniquement !) créés initialement, seuls 24 de ces postes sont venus s’ajouter à la dotation académique de Créteil. Ils ont été réservés à certaines zones de la Seine-et-Marne, puisque le fléchage du ministère consistait à maintenir classes et écoles ouvertes en zone rurale...

Pourtant, notre académie fait partie de celles qui scolarisent le plus d’élèves en éducation prioritaire ! Dans le contexte de la crise sanitaire et ses conséquences, le CTSD 94 qui s’est tenu le 21 avril 2020 était surréaliste : alors que les écoles étaient fermées depuis cinq semaines, que la surmortalité explosait dans notre département, que la fracture numérique venait ajouter à la fracture sociale et aux inégalités scolaires... la Dasen et son adjointe traitaient les dossiers d’écoles comme si de rien n’était, justifiant comme d’habitude par des « indicateurs de gestion » les fermetures annoncées, fermant un dispositif UPE2A sur le département au lieu de répondre aux besoins de ces élèves pourtant parmi les plus « fragiles » de nos écoles, n’ouvrant aucune classe d’Ulis TFC alors que les élèves notifiés et leurs familles attendent des places dans ces dispositifs, aucun poste de remplaçant pour assurer la continuité du service public d’éducation dans nos écoles, fermant des dispositifs de dédoublement de CP, CE1 et se félicitant du travail accompli, sans jamais bien sûr remettre en cause la dotation départementale de 44 postes (pour 317 élèves supplémentaires attendus) dans une interview au Parisien 94 ! Un doute pouvait s’insinuer à cette lecture : était-ce bien un article de cette année 2020 ? En pleine pandémie ? En plein désastre scolaire ? Ou alors s’était-on trompé et avait-on exhumé un article de 2019, 2018, 2017...

En effet, si la plupart des écoles ont rouvert entre le 18 et le 25 mai, très peu d’élèves y ont été accueillis (entre 5 et 15% maximum selon les communes du département) et la priorité étant toujours donnée aux enfants de personnels essentiels à la gestion de la crise sanitaire, cela laisse finalement peu de places aux autres élèves... Par ailleurs, ce sont les familles des milieux populaires qui sont les plus réticentes à remettre leurs enfants à l’école dans ces conditions.

Nous refusons de faire « comme si » la crise sanitaire que nous vivons n’avait pas mis à jour les inégalités scolaires. Comme si l’Éducation nationale n’avait pas besoin d’un plan massif et urgent d’investissement pour faire l’école autrement :

  • plan massif de recrutement pour faire baisser les effectifs partout et dans tous les niveaux de classe, enseignants supplémentaires dans les écoles pour mettre en place des innovations impulsées par les équipes pédagogiques sur le modèle des PDMQDC, reconstitution et déploiement des Rased…professionnalisation ‘pour de vrai’ des AESH avec formation, temps complet, salaire à hauteur de leur rôle essentiel et statut FP.
  • réflexion et budgétisation d’une formation initiale et continue digne des enjeux démocratiques du service public d’éducation afin que les enseignants puissent s’approprier (ou se réapproprier) leur métier et pour en finir avec la vision tantôt moyenâgeuse tantôt néo managériale de l’école de JMB sous couvert de fausses innovations pédagogiques

Les nouvelles technologie au service d’un projet éducatif réactionnaire

Le ministre Blanquer profite de la crise pour essayer d’imposer ce que nous avons rejeté jusque là. Il annonçait en début de crise que l’Éducation nationale était prête pour « une continuité pédagogique » : mensonge !

D’abord, ni formation, ni matériel informatique n’ont été proposés aux enseignants. Ensuite, petit rappel à notre ministre, la pédagogie n’est pas un art solitaire. Elle se construit progressivement par l’échange de savoirs et de valeurs au sein des équipes, entre le maître et les élèves et les élèves entre eux. L’utilisation de fiches toutes faites ne permet pas les apprentissages. Elle permet au mieux d’entretenir quelques savoirs. La conversion d’une situation de classe en une situation à distance ne peut s’improviser.

Il a fallu tout repenser : les consignes, les échanges, les aides derrière un écran. Bien sûr, il existe des logiciels qui proposent des jeux éducatifs sur les savoirs scolaires. Mais les élèves sont-ils dans l’entretien des savoirs ou dans la consommation de logiciels où l’on peut cliquer au hasard ? Seuls les enfants déjà dans une volonté d’apprendre pourront en tirer un réel profit, les autres auront juste passé un bon moment de jeux. Sans le maître pour mobiliser, encourager ou relancer, l’élève ne peut progresser. Le ministre utilise donc cette crise pour avancer dans ses projets : des parcours individuels, des évaluations et des remédiations standardisées.

On le voit avec cette reprise de l’école à marche forcée. L’institution demande aux enseignants de reprendre des petits groupes, de les évaluer (avec des outils conçus au niveau national) et de proposer des remédiations aux familles pendant les vacances sur les notions non apprises par l’élève. Dans ce contexte très anxiogène, on voit bien que les évaluations sont tronquées . Qui peut croire que les élèves seront tous disponibles pour montrer leurs connaissances ? Le ministre veut-il noter l’investissement des familles dans ces deux mois où ils ont remplacé le maître ? Veut-il les culpabiliser ? Ces questions sont légitimes. Cette conception n’est pas nouvelle. Elle existe déjà avec le guide orange, les évaluations nationales et les remédiations standardisées pour les CP.

L’Éducation nationale laisse donc chaque élève seul devant ses apprentissages, y compris lorsque l’élève pourra être accueilli à l’école, la distanciation imposée ne permettant ni réel accompagnement ni étayage efficient. Loin de permettre la réussite de tous, elle organisera plutôt l’exclusion des plus fragiles.

De la grande solitude des directeurs durant l’épidémie de COVID-19

Pour la mise en musique de la réouverture des écoles, les directrices et directeurs d’école ont été jetés en première ligne. Les ministres, de Blanquer à Philippe, n’ont eu de cesse de dire que là où le protocole ne pouvait être mis en œuvre, il ne pouvait y avoir d’ouverture. Qui doit décider que les conditions sanitaires sont assurées ? Les dirlos ! Or, contrairement au second degré, ils et elles ne sont pas chefs d’établissement et ne sont pas les supérieurs hiérarchiques des collègues (même si Blanquer en profite pour essayer une fois de plus de mettre en place un statut des directeurs.

Le pendant des principaux et des proviseurs sont les IEN, mais de ce côté-là rien à attendre. Ils et elles se sont totalement défaussé.es de leurs responsabilités. Dans un premier temps, les dirlos ayant bien en tête leur obligation d’assurer la sécurité des personnes fréquentant l’école ont attrapé un coup de chaud, se voyant déjà attaqués au pénal en cas de maladie déclarée dans l’école. Certain.es ont écrit une lettre au préfet, maire et IEN, déclarant qu’ils et elles étaient dans l’incapacité de faire respecter les mesures préconisées. La réponse des IEN a été assez hypocrite : « les parents ne se plaindront pas, puisqu’ils sont volontaires pour remettre leurs enfants à l’école ». On aurait pu croire qu’il serait simple de ne pas accepter de rouvrir les écoles en se fondant sur l’impossibilité de respecter le protocole, qui au passage a encore été allégé par rapport aux préconisations du conseil scientifique. Il n’en est rien. Entre la pression des IEN, de certains collègues balançant entre volonté de revoir leurs élèves et crainte de maltraiter les enfants, de certains parents, rarement les plus défavorisés contrairement à ce que prétend le ministre, qui souhaitent reprendre le travail, les dirlos ont bien compris qu’il serait bien difficile de tenir cette position. Les équipes se sont donc retrouvées dans les écoles essayant de résoudre une équation insoluble : comment appliquer le protocole sans maltraiter ? Comment juger de conditions sanitaires alors qu’ils et elles sont des enseignant.es et non des spécialistes de la sécurité sanitaire ?

C’est bien en s’appuyant sur le conseil des maîtres, cette structure collective qui définit l’école primaire que des décisions pourront être prises.

Ni surveiller, ni punir, mais enseigner et faire grandir !

Si nous adhérons bien évidemment à la nécessité d’assurer la sécurité sanitaire et la santé du plus grand nombre, les mesures du protocole vont de fait à l’encontre du bien-être et des préconisations « différencier et adapter » pour que chaque élève trouve sa place et s’épanouisse à l’École. Le premier jour de réouverture des écoles, des photos et vidéos ont circulé notamment sur les réseaux sociaux et ont montré une réelle forme de maltraitance. Plein de gestes qui crèvent nos cœurs d’éducateurs bienveillants.

Au-delà de l’espace socialement très “appauvri” imposé par le protocole, les enseignant.es pourront-ils et elles réellement enseigner ? Tout dépend de quel point de vue nous nous plaçons. Si l’angle de Blanquer est privilégié, alors oui sans aucun doute. Maths. Français. Des fiches. Des évaluations standardisées. Point. Alors oui, contrat rempli sans souci. « L’Honneur » du ministre sera sauf.

Si nous nous plaçons du côté des pédagogues et passionnés que nous sommes, alors très clairement nous ne pouvons que nous questionner. Avec un tel protocole, quid de la manipulation, de l’expérimentation et des recherches ? Quid des interactions entre enfants pendant les apprentissages ? Quid des ateliers ? Quid des aménagements de classe que nous faisons par choix pédagogiques ou alors par nécessité pour accompagner au mieux certains élèves ? Quid des élèves pour qui c’est une véritable souffrance de rester assis pendant des heures ? Quid de l’autonomie si chère que nous cherchons à développer et faire grandir en chacun de nos élèves ? Quid de la place des AESH ? Quid des gestes empathiques et solidaires que nous peinons parfois à développer, eux qui sont pourtant si essentiels dans ce monde devenu fou ?

Devons-nous remettre tout ça en cause ? Tout balayer d’un revers de main parce que le Covid nous l’imposerait ? Et qu’allons-nous faire de tous les élèves qui ne pourront pas rentrer de force dans ces nouvelles petites cases rikiki créées par l’Éducation nationale pour l’occasion ? Les punir ?

Il est impensable de réduire l’école à cette vision étriquée. « Dresser les corps et les esprits », telle serait la nouvelle devise de l’institution ? Inconcevable. Notre devoir est d’aider nos élèves à se construire en se confrontant aux autres, en se nourrissant des autres.

Pour cela, pas d’autres solutions que de mettre les moyens adéquats en nombre et sur la durée, pour toutes les personnes présentes dans nos écoles. Élèves, enseignants, mais aussi AESH, dames de service, gardien, animateurs... Du gel, des masques, des lingettes et des tests sont les seuls moyens de retrouver un peu d’humanité et de sens dans nos écoles et surtout dans notre métier.

Si la situation devait perdurer à la rentrée de septembre, l’école devra être dotée de moyens à la hauteur des enjeux que nous défendons. Moyens humains bien sûr mais aussi moyens matériel :équipement informatique notamment, matériel de manipulation en nombre suffisant pour chaque élève, manuel et séries de livres que bien souvent on doit partager faute de budget contraint...

L’indispensable formation

Nous sommes nombreux à déplorer le manque de formation continue et la stimulation d’une véritable liberté pédagogique par une offre de formation riche. Et pendant cette période de pandémie, très clairement un grand nombre de collègues ont pu constater le vide abyssal concernant la formation au numérique !

De manière générale, il est à regretter que la formation de qualité ne soit réservée qu’aux maîtres formateurs ou aux enseignants spécialisés. Sauf en de rares occasions, si nous y avons droit, mais seulement quand la circonscription n’a pas dû l’annuler à la dernière minute faute de moyens…

Il est très clair dans tous nos esprits que la formation à distance ne constitue en rien une alternative et encore moins un moyen efficace de formation. Malgré toute la bonne volonté des équipes de circo, il est rare de trouver un intérêt majeur à son contenu. Hélas.

Par ailleurs, la formation n’est pas différenciée, alors que les besoins et les interrogations sur le métier ne sont pas les mêmes lorsqu’on débute ou après quelques années de pratique. Comment se fait-il que l’Éducation nationale qui prône l’individualisation des parcours ne soit pas capable de faire de même avec ses agents ?

Quant à la formation initiale, elle est également criante de pauvreté. Totalement aux antipodes du terrain, sans cohérence avec les rares fois où les stagiaires se retrouvent « réellement » en classe et pas « dispersés » à faire du saupoudrage. Ils croulent sous la masse écrasante de travail, devant rendre continuellement dossiers, mémoires et autres réjouissances en tous genres. Difficile de prendre un peu de recul que ce soit sur le terrain ou sur les bancs de l’Inspé quand, avec le nouveau système de formation (en place depuis quelques années déjà), on se retrouve continuellement à faire la girouette entre les deux et à ne prendre que ce qui peut servir sur le coup.

« Avant », les temps étaient séparés, mieux définis. Il y avait des périodes de stage bien distinctes des périodes d’apprentissages théoriques. Il était ainsi plus facile de se concentrer pleinement sur le temps présent et de « prendre », sans se soucier de savoir si ça allait servir pour la séance du lendemain ou pas, sans se soucier de savoir si ça valait la peine de se concentrer sur le cours car il fallait avancer les dossiers non terminés ou alors préparer la classe. Aujourd’hui, les jeunes collègues qui arrivent sur le terrain semblent noyés.

Certes le métier a changé, a muté. Les conditions ne sont plus les mêmes, les tâches administratives se sont multipliées, ce qui ne nous aide pas à nous poser et prendre du recul. Mais on sent dans leurs propos et dans leurs appréhensions qu’ils vivent comme un décalage, qu’ils apprennent à l’Inspé après coup, là où ils se sont heurtés à leurs dépens bien souvent en pratiquant. Quel gâchis. Quelle perte de temps et d’énergie.

Les enseignants de l’Inspé opèrent aussi avec leurs contraintes. Contraintes économiques, encore et toujours. Heures et moyens supplémentaires supprimés qui leur permettaient de mettre en place des projets parfois innovants. Ils sont ainsi amenés à devoir faire des choix et à contraindre leur enseignement à des choses « basiques » qui semblent parfois perdre quelque peu la moelle de notre métier. Certains peuvent peut-être par facilité ou manque de temps inciter à piocher ce qui existe sur le net (ce qui est très bien et un gain de temps parfois) mais sans à aucun moment interroger, questionner, déconstruire pour mieux reconstruire face aux élèves. Notre métier serait donc réduit à « ça » pour certains ? Prendre ce qui existe et appliquer, bêtement ?

Remarquez, à bien y regarder, c’est exactement ce qui se passe avec les évaluations nationales ou les fiches Eduscol qui sont sorties pour la fin du confinement. « Lisez. Appliquez. Félicitez. Non, pas à ce moment. Ici. Pour le reste, nous nous occupons de tout, n’ayez crainte. Notre logiciel fera tout le travail d’analyse. Vous pouvez vaquer et surtout ne réfléchissez pas. » Quelle misère intellectuelle. Quel scandale surtout. On voudrait nous priver de notre métier.

Ce n’est pas faute de le réclamer depuis de nombreuses années, mais il serait vraiment temps que l’Éducation nationale se donne les moyens de former ses agents à la hauteur des enjeux. La nécessité de prendre conscience que nous sommes les acteurs et les actrices de notre métier et que nous devons avoir une force critique et une grande lucidité face à ce qui veut nous être imposé est primordiale. Soyons exigeants.

Le ministre Blanquer doit témoigner autrement que par des mots de sa reconnaissance pour « le travail extraordinaire […] en ces circonstances exceptionnelles ». En effet, depuis de trop nombreuses années, la rémunération des enseignants, qui est l’une des plus basse d’Europe, entraîne une pénurie des vocations. Au-delà d’une revalorisation à la hauteur du déclassement salarial induit par de longues années de gel du point d’indice, la situation actuelle a démontré l’urgence de la création d’une prime de matériel annuelle afin que les PE puissent s’équiper et renouveler leur équipement informatique !

La mise à niveau des outils numériques de l’EN doit également être réalisée en utilisant et développant les ressources internes au Ministère et en cessant complètement les appels aux investisseurs privés dont les objectifs ne peuvent recouvrir ceux d’un service public d’éducation.

Pour aller plus loin

Articles de Paul devin (directeur de l’Institut de recherche de la FSU) :

Articles de Stéphane Bonnéry (chercheur en sciences de l’éducation à Paris 8, laboratoire Circeft-Escol) :

Sa collègue Elisabeth Bautier ; pas sur la crise actuelle mais intéressant pour démonter les lubies de JMB sur la lecture :

Un article de Philippe Meirieu dans le Café Péda :

Très intéressantes propositions pour “l’école d’après” de Michel Develay

Condensé de la semaine du 1 au 8 mai :

Les mensonges et “à peu près” de JMB :

Circulaire Blanquer du 4 mai :

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