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« Je ne pensais pas que ce travail que j’ai tant aimé pourrait m’amener à cela » : communiqué du SNUipp 94 sur le suicide de Christine Renon

Rassemblement Jeudi 3 octobre à 17h30 devant le Rectorat de Créteil, jour de ses obsèques

samedi 28 septembre 2019

Communiqué du SNUipp-FSU 94 suite au suicide de notre collègue et camarade Christine Renon, directrice de l’école maternelle Méhul à Pantin.

« Je ne pensais pas que ce travail que j’ai tant aimé
pourrait m’amener à cela »

(extrait d’une des lettres que Christine Renon a laissées derrière elle)

Comme toute la profession, nous avons été choqués d’apprendre le suicide de notre collègue et camarade Christine Renon, directrice de la maternelle Méhul à Pantin, dont le corps a été retrouvé à l’école, sur son lieu de travail.

Nos premières pensées vont évidemment à ses proches, à ses collègues, ainsi qu’à nos camarades du SNUipp 93. Nous partageons leur peine.

Mais nous partageons aussi leur colère, qui est aussi celle des milliers d’enseignants qui s’exprime en ce moment même sur les réseaux sociaux. Car au-delà des circonstances particulières, individuelles, intimes qui sont bien sûr propres à chaque tragédie et qu’il convient de respecter, les lettres envoyées par notre collègue avant de se donner la mort font écho au quotidien de chacun d’entre nous, directeur ou PE et doivent nous interroger.

Jeudi 26 septembre, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées devant l’école Méhul pour rendre hommage à Christine

« Cette lettre. C’est exactement ça. Mot pour mot ce que l’on vit tous ».

Surcharge de travail, perte de sens du métier, injonctions permanentes, parfois contradictoires, revirements du discours institutionnel ou le noir devient blanc le lendemain au gré des changements d’orientations politiques, sans oublier les fins de mois difficiles !

Combien sont-ils, en début de carrière ou après une séparation, à se débattre dans les difficultés financières, entre factures à payer et loyers ou crédits toujours plus exorbitants ?

Combien sont-ils ces enseignants, ces directeur-trices à souffrir en silence, à porter sur leurs épaules le fardeau des échecs de notre système scolaire, en première ligne face à la misère de certaines familles, face à la frustration engendrée par un service public trop souvent déficient, ou encore face à l’égoïsme social et au consumérisme scolaire grandissant ?

Combien sont-ils à rentrer chez eux le soir avec le sentiment, pourtant erroné, de ne servir à rien, de ne pas pouvoir aider comme il le faudrait les élèves, faute d’enseignants spécialisés, d’AESH, de place en établissement spécialisés, de soins ? A souffrir en silence des classes surchargées, de l’absence de véritable formation, de l’absurdité kafkaïenne de notre administration qui « balance » injonctions, dispositifs et procédures, qui trop souvent ne servent à rien sur le terrain, sinon à l’administration pour se « couvrir » ou, dans le pire des cas, à « fliquer » les enseignants ?

Le plus insupportable est le décalage entre la réalité du terrain et la communication médiatique de l’institution : lorsque des régressions majeures sont transformées dans la bouche de nos supérieurs en mots creux et lénifiants. Lorsque, essayant de témoigner, d’attirer l’attention sur des situations difficiles, personnelles ou professionnelles nous n’avons droit qu’au silence, au mépris, dans le meilleur des cas à une compassion sincère mais sans effets car sans moyens concrets pour remédier à la situation.

Étaient présents Francette Popineau et Arnaud Malaisé, co-secrétaires généraux du SNUipp-FSU

Ce suicide intervient après une vague d’autres suicides d’enseignants, mais aussi d’autres qui n’ont pas été portés à la connaissance du public. Il y a bien sûr les facteurs individuels, relevant de l’histoire intime de chacun. Mais les conditions de travail ne sont jamais bien loin.

« C’est difficile à comprendre de l’extérieur mais son geste, c’est un acte militant. Pour qu’on l’écoute enfin. » témoigne une de ses collègues. Enseignante directrice investie, déployant énormément d’énergie dans son travail, elle remercie dans ses lettres les élèves, les parents, les collègues, tout en pointant du doigt une organisation du travail néfaste et une administration aveugle.

Sinistre statistique : le taux de suicide dans l’éducation nationale est 2,9 fois plus élevé que celui de la moyenne des salariés.

Nous disons que cela suffit !

Nous ne devons plus payer dans nos vies le prix des échecs et des dysfonctionnements de l’institution ! Il est temps que ceux qui organisent ou couvrent la casse de notre service public soient mis en face de leurs responsabilités !

Nous ne devons plus culpabiliser pour des échecs qui ne sont pas les nôtres.

Il s’agit de reprendre la main sur notre métier, notre temps de travail reconstruire de la solidarité entre collègues, des collectifs de travail, lutter pied à pied contre les tracasseries et les injonctions qui n’ont pas de sens et nous concentrer sur le cœur de notre métier !

Dessin publié avec l'aimable autorisation de l'auteur. Tous droits réservés - ©Jack KOCH Illustrations"

Dessin publié avec l’aimable autorisation de l’auteur. Tous droits réservés - ©Jack KOCH Illustrations

Il s’agit de reconquérir un salaire à la hauteur de notre tâche et de notre investissement !

Il s’agit de reconstruire notre dignité d’éducateurs et enseignants !

Utilisons les Réunions d’Informations Syndicales pour ne pas rester isolés avec notre colère. De nombreux-ses directeurs-trices nous ont fait part de leur écœurement d’une situation qui les renvoie à leur quotidien de plus en plus difficile au fil des années. Nous proposerons également rapidement une date pour les les réunir. C’est ensemble que nous trouverons les moyens de résister !

Le SNUipp 94 continuera d’interpeller l’administration dans les instances sur la réalité du travail enseignant et, avec ses moyens militants, tentera d’être à la hauteur de cette tâche, au côté des collègues et fera des propositions en ce sens.

Arrêtons de baisser la tête !

Rassemblement devant le Rectorat de Créteil

Jeudi 3 octobre, jour de ses obsèques, à 17h30

En mémoire de notre collègue et camarade Christine Renon

Le SNUipp-FSU 94 soutient les collègues qui se mettront en grève (la FSU a déposé un préavis) le jeudi 3 octobre afin de se rendre au rassemblement organisé devant la DSDEN de Bobigny, à 13h30, à l’occasion de la tenue du CHSCT 93.
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