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Mais de quels parents et de quels enseignants parle Aurore Berger ? (blog de Paul Devin, secrétaire général du SNPI-FSU, syndicat des inspecteurs)

Le club de Médiapart

vendredi 2 février 2018

Mais de quels parents et de quels enseignants parle Aurore Bergé ?
(blog de Paul Devin, secrétaire général du SNPI-FSU)

Difficile de reconnaître l’école actuelle et ses réalités quotidiennes dans le rapport parlementaire qu’Aurore Bergé consacre aux relations entre parents et enseignants. Non pas que nous voudrions ici défendre l’image d’une école idéale où parents et enseignants ne construiraient leurs relations qu’aux seules fins de la réussite scolaire des élèves. Qu’il y ait à progresser, nul ne peut en douter et je partage l’affirmation d’une nécessité de former les enseignants sur le sujet. Dans ce domaine, au-delà des préconisations exprimées par Aurore Bergé, l’essentiel lui reste à faire : voter un budget qui attribuerait les moyens nécessaires à la formation des enseignants.

De quels parents parle ce rapport ?

Quelle étrange altérité éloignerait les parents de l’école au point qu’il faudrait trouver le subterfuge d’une activité culinaire pour pouvoir les rencontrer ? Je n’ai aucun mépris pour les activités de rencontre, y compris sous la forme d’un partage de repas mais avouez qu’il est des plus étonnant de vouloir considérer l’amélioration des relations humaines au travers d’un apprivoisement par une spécialité culinaire de leur pays. Déjà parce que pour beaucoup des parents concernés, leur pays c’est la France. Mais surtout parce qu’il faudrait cesser de vouloir considérer que l’origine étrangère supposerait une moindre conscience des enjeux de réussite scolaire. Pour avoir longuement travaillé dans des quartiers populaires de banlieue, j’ai constaté au contraire qu’il y avait un trait commun de la quasi-totalité des parents et cela au-delà de leurs origines culturelles, c’est le désir de réussite scolaire de leurs enfants.

Quant aux difficultés relationnelles que l’on peut rencontrer, elles sont loin de se confondre avec un prétendu écart social entre parents et enseignants. Bien des conflits sont constatables avec des parents qui appartiennent aux mêmes classes sociales que les enseignants mais qui revendiquent un droit permanent à intervenir dans la vie scolaire et contestent en permanence les choix faits par l’école.

De quels enseignants parle ce rapport ?

Que des enseignants puissent être les auteurs de remarques désobligeantes, soit. Mais peut-on objectivement considérer qu’il y aurait là un trait caractéristique de la pratique enseignante capable de constituer un élément déterminant de l’analyse de la situation ?

Quant à l’écart social et culturel entre enseignants et familles, le rapport procède là encore de visions stéréotypées. Si la mastérisation a modifié la composition sociologique du corps enseignant, il dépend d’une volonté politique de permettre de véritables prérecrutements qui contribueraient à maintenir une mixité sociale de la profession enseignante. Mais, au-delà, c’est quoi cette « sociologie » de quartier à laquelle il faudrait former les enseignants ? La réalité sociale des habitants de ces quartiers, les enseignants la perçoivent vite au travers des questions de chômage, de pauvreté, d’injustice. Ils n’y sont pas également sensibles … c’est vrai mais n’y aurait-il pas quelque paradoxe que vous puissiez prétendre leur faire la leçon alors que cette situation est aggravée par les effets de vos choix politiques et économiques ?

Quant au fantasme d’une proximité culturelle qui consisterait à enseigner en fonction des spécificités culturelles du quartier. Là encore pour considérer qu’il existerait des spécificités culturelles caractérisant tous les habitants d’un quartier, il faut faire preuve d’un mépris folklorisant car les fondements communs sont largement plus prégnants que les écarts. Et s’il s’agit de constater le progrès nécessaire des apprentissages, ce qui doit constituer l’ambition de l’école est justement de l’ordre de la culture commune et non de la recherche d’une proximité démagogique.

Des parents « qui ne sont rien » ?

Pour le reste, dans le quotidien, j’ai surtout rencontré des enseignants désireux de transmettre à leurs élèves les savoirs émancipateurs nécessaires à leur vie citoyenne. Cherchant au mieux à construire des relations avec les parents. Parfois désemparés devant les formes conflictuelles que prennent certaines réactions. Mais suffisamment rattrapés par la réalité pour ne pas pouvoir en être déconnectés…

Quant au mépris que certains enseignants pourraient exprimer vis-à-vis des familles, vous avez raison, ce n’est pas acceptable. Ce n’est pas compatible avec l’exercice professionnel d’un fonctionnaire. Mais le monde n’est pas parfait … même les présidents de la république font parfois preuve d’un mépris de classe en évoquant les gens « qui ne sont rien ».

Sur cette question lire : Paul DEVIN, L’école et les parents : coopération et séparation, Carnets rouges n°11, octobre 2017

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